
Boxe contre Karaté : quel est le plus efficace ?25 Fev 12 à 14:21 :: 6 commentaires :: par Emmanuel Akermann Une petite analyse comparative par Emmanuel Akermann, basée sur une vidéo, pour comparer la force de frappe d'un Karatéqua et celle d'un boxer
Je suis tombé il a quelque temps sur un reportage de vulgarisation scientifique, dont vous trouverez le lien ICI, qui s'attache à comparer l'efficacité d'une frappe classique du karaté (le gyaku tsuki ou frappe du poing arrière), comparée à la non moins classique « droite » du boxeur.
Des techniques que l'on peut considérer comme faisant partie de la même famille (frappe du bras arrière en position de garde), qui ont la même finalité (ça reste une frappe dont on attend certains effets sur la cible !), mais dont la mise en œuvre reste spécifique à chaque discipline, et donc différente en regard de leur forme technique, voir dans leur logique intrinsèque.
On n'Est Pas Que Des Cobayes - 6 janvier 2012 par CommissionAMC
Toujours est-il que ce type d'émission relance ce vieux débat emprunt de fantasme, à savoir quel est le sport de combat le plus efficace, en comparant des techniques, hors de leur contexte stratégique : là en l'occurrence, la problématique est de savoir lequel du boxeur ou du karatéka a la droite la plus puissante !
Cela me rappelle également un vieil article de la revue bien connue « Science et vie » des années 70, appartenant à mon père, où ce type d'expérience avait déjà été menée, afin d'étudier la force de frappe du karatéka capable de briser une pile de briques ou de planches de bois. Si je me souviens bien, l'article suggérait que le "petit" Bruce Lee, avec sa technique percutante et précise, était plus "fort" que le grand John Wayne avec son coup de poing de cowboy lourd et gauche !
Je vais donner tout de suite le résultat des investigations présentées lors de cette émission, où des capteurs ont été placé sur le corps des participants afin d'étudier leur vitesse de déplacement et leur force de frappe à l'impact. Il y avait un vice champion du monde de boxe, et David Félix, un ami champion du monde de karaté. Vous regarderez l'émission pour vous faire votre propre opinion, et je vais passer immédiatement à mes commentaires, pour dire ce que tout cela m'inspire.
Boxeur :
- Vitesse 36 km/h et force d'impact de 320 kg
Karatéka :
- Vitesse 30 km/h et force d'impact de 180 kg
Comment et pourquoi relativiser ces résultats ?
D'abord, parce que je suis pratiquant de karaté depuis plus de vingt ans et que je suis forcément porté à la critique face à ces résultats : mon ego de karatéka en prend un coup, c’est le cas de le dire !
Mais pas exclusivement, car je ne suis pas sectaire, et ce que j’ai appris en m’essayant à d’autres disciplines, c’est qu’il faut souvent aborder celles-ci avec un esprit neuf, car elles portent toutes une logique qui leur est propre (en terme de stratégie, de forme de corps et de forme technique, ou encore de moyens mis en œuvre en fonction d’un effet particulier recherché).
Comparaison « scientifique », d’accord mais commençons par une évidence !
La première remarque qui me vient à l’esprit, est la différence de gabarit entre les protagonistes, en faveur du boxeur : tout pratiquant de sport de combat sait que la différence de poids notable joue forcément sur la puissance de frappe. C’est pour cette raison évidente que des catégories de poids ont été adoptées dans tous les sports de combat, car même dans les assauts dits « à la touche », lorsque « ça passe », ça fait toujours plus mal lorsqu’il y a quelques kg de viande de plus en face !
Conditions de mesures et spécificité technique des deux disciplines :
Ensuite, je ferai juste une remarque technique liée aux conditions de mesure. David Félix est champion du monde de karaté, c’est un excellent combattant, très représentatif du karaté moderne, explosif, rapide … et très mobile !
Lorsqu’on le voit en situation, c’est-à-dire notamment dans sa démonstration de frappe sur cible dans le champs, on peut très nettement noter un déplacement du corps vers l’avant à l’impact. C’est là une des spécificités du karaté moderne, avec une frappe linéaire supportée par le déplacement de tout le corps vers l’avant, utilisé comme un projectile, permettant d’additionner les forces.
Lors de la mise en situation avec capteurs, David se retrouve sur sa petite plate-forme sans beaucoup d’espace pour pouvoir s’exprimer pleinement (rappelons qu’il est un compétiteur de haut niveau dont le travail est orienté sur le type de frappe décrite précédemment avec déplacement du corps). Il génère donc sa puissance avec « seulement » la rotation de ses hanches, et son mouvement est court et précis, selon les canons du style.
Un karatéka plus traditionnel, et je pense par exemple à certains pratiquants de karaté d’okinawa, qui utilisent énormément le renforcement du poing sur poteau de frappe, habitué à travailler sans ce déplacement et à littéralement « écraser » la cible à l’impact, aurait sans doute affiché d’autres résultats, car le type de frappe et de mise en œuvre de celle-ci sont sensiblement différents.
Pour ceux d’entre vous qui voudraient se familiariser avec le karaté, parmi les nombreux ouvrages qui existent, vous pourrez trouver dans un de mes livres Karaté Bunkai katas quelques rappels historiques et techniques sur cet Art martial.
A contrario, le boxeur, lui, a un mouvement plus ample, qui ne nécessite pas forcément un déplacement spécifique pour pouvoir pleinement s’exprimer (la prise d’appui seule est fondamentale) : les boxeurs travaillent souvent en situation de corps à corps, ou du moins avec une distance très courte par rapport à leur adversaire. Ce qui n’est pas du tout le même type d’assaut que celui qui est travaillé en karaté moderne, où les distances sont plus longues (au moins distance de jambes), et où l’on travaille à la touche (un peu comme une escrime de bras et de jambes). Il faut partir de loin, être très explosif, ne pas se faire toucher et toucher le premier pour marquer le point !
Ainsi, à la rotation de ses hanches, le boxeur additionne la rotation de son buste ainsi que le poids de son torse avec passage de l’épaule en soutien de la frappe. Le mouvement est plus ample, bénéficie de plus de poids de corps dans l’action et de plus d’impact finalement, puisque tout le poids est transféré dans la cible.
Le karatéka, lui, recherche un impact rectiligne avec un temps de contact très court (ce qui est bien montré dans le reportage), afin de transmettre les forces dans la cible par effet de fouet.
On voit bien que les moyens mis en œuvre dans les deux disciplines sont différents, même si la recherche de puissance reste fondamentale. A ce propose, vous pouvez vous reporter à mon ouvrage de la collection Elemental : Puissance brute, dont le titre explicite, renvoie à un contenu qui me semble tout à fait approprié dans le contexte de cet article !
Alors, oui, il y a les chiffres d’un côté, mais ceux-ci doivent être relativisés en fonction de différents facteurs : la différence de gabarit des protagonistes d’une part, et plus encore, des contraintes techniques spécifiques aux disciplines testées.
Selon moi, pour être un peu plus concluant, ce test aurait du tenir compte de ces paramètres fondamentaux, et j’aurais aimé apprécier les résultats de mesures pour trois types de pratiquants affichant un poids de corps sensiblement identique, et un niveau technique respectif quasiment équivalent.
J’aurais ainsi pu comparer la frappe de David Félix dans le contexte d’un combat habituel pour lui (et voir bondir « le chat » hors de sa petite plate-forme !), avec celle d’un disciple du karaté d’okinawa (qui aurait pris cette cible pour makiwara !), et d’un bon boxeur en anglaise comme l’athlète présent lors du test !
En conclusion :
Il y a maintenant l’interprétation de ces chiffres pour tenter de répondre à la question posée en guise de titre de cet article. D’un point de vue strictement pragmatique, c’est-à-dire de savoir répondre à la question suivante : qui du boxeur ou du karatéka est le plus efficace ?
Je me contenterai de citer la réponse de maître Henri Plée (pionnier du karaté en Europe, et pratiquant, entre autre, de boxe française), qui a déjà répondu très judicieusement à cette question il y a très longtemps lors d’une émission de télévision dans les années 90.
Réponse :« le meilleur !».
On en parle sur le forum de musculation : VIP : Boxe contre Karaté : quel est le plus efficace ?
Article par
Emmanuel Akermann
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DEJEPS karaté CN 4e dan, préparateur physique BEMF, auteur
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